L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Actus bergman2

Publié le 20 mai, 2014 | par @avscci

Actu DVD – Avril 2014

Sommaire


Quatre films d’Ingmar Bergman

Film après film, c’est l’oeuvre toute entière d’Ingmar Bergman qui ressuscite en Blu-ray et dans un désordre qui permet paradoxalement de la remettre en perspective avec le recul qui convient pour apprécier le monument dans son ensemble. La nouvelle moisson comprend ainsi Musique dans les ténèbres (1948), Sourires d’une nuit d’été (1955), Scènes de la vie conjugale (1973) et Sonate d’automne (1978). On y voit le cinéaste déployer ses ailes en développant son obsession majeure : la femme. Il n’aura de cesse pendant cinq décennies de sonder ce mystère qui l’obséda jusqu’au dernier jour et nourrit ses plus beaux films, mais aussi les plus oubliés, à l’instar de cette Musique dans les ténèbres, mélo assumé qui lui donne l’occasion de se mettre dans la tête d’un aveugle pour une séquence fantasmatique et de filmer dans le plus simple appareil la comédienne Mai Zetterling qu’il avait contribué à révéler quatre ans plus tôt avec Alf Sjöberg dans Tourments et qui deviendra par la suite elle-même réalisatrice, comme plusieurs autres de ses interprètes. Bergman se fait nettement plus léger avec Sourires d’une nuit d’été, marivaudage choral qui renvoie au Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare et inspirera à Woody Allen sa Comédie érotique d’une nuit d’été.

sonate-dautomne

En prime, Martin Scorsese présente Histoires du petit cinématographe, un montage d’une demi-heure réalisé pat Stig Björkman à partir des images filmées en 9,5mm par le réalisateur à l’aide d’une caméra Bell Howell, entre 1953 et 1965. On y découvre de précieuses images de tournage, mais aussi plusieurs de ses interprètes de prédilection au quotidien, dont les soeurs Harriet et Bibi Andersson, dans un fascinant jeu de séduction ponctué de commentaires. Bergman y évoque aussi sa claustrophobie qu’il justifie par le fameux soleil de minuit qui règne sur l’été scandinave. Jamais, sans doute, on n’a découvert un making of aussi bouleversant que ces home movies muets aux images sautillantes réchappées de l’oubli dans lesquelles on voit même Bergman imiter… Groucho Marx. En complément de Sonate d’automne, le documentaire… Mais le cinéma est ma maîtresse est un kaléidoscope consacré à la période suivante qui montre le réalisateur au travail, en proie au doute et soumis aux interrogations de ses collaborateurs, dont le chef opérateur Sven Nykvist. Il s’agit là d’une formidable leçon de cinéma mise en perspective par les commentaires avisés d’admirateurs nommés Bernardo Bertolucci,  Assayas, Arnaud Desplechin, Lars Von Trier, Woody Allen et John Sayles. On y découvre aussi les éclats de rire des actrices vêtues de blanc sur fond rouge (ou vert) de Cris et Chuchotements, le soin graphique apporté dans De la vie des marionnettes pour filmer deux corps nus, comme au premier jour du monde ou cette scène incroyable des deux Bergman (Ingrid et Ingmar) répétant une scène allongés sur un tapis. Précisons pour les plus distraits de nos lecteurs que Scènes de la vie conjugale a fait récemment l’objet d’un numéro de L’Avant-Scène Cinéma, doté d’un dossier qui peut ressembler à un très beau bonus DVD…  Jean-Philippe Guerand  

Musique dans les ténèbres / Sourires d’une nuit d’été / Scènes de la vie conjugale / Sonate d’automne. StudioCanal 
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apocalypse

Apocalypse, la Première Guerre mondiale 

Forts du succès rencontré par leur pharaonique travail sur la Seconde Guerre mondiale, Apocalypse, Daniel Costelle et Isabelle Clarke se sont attaqués à la Grande guerre avec les mêmes ambitions, nous allions dire avec les mêmes munitions. Soit cinq épisodes de 52 minutes (formatés pour leur diffusion télé). Le résultat est absolument stupéfiant… Mais parlons un peu de la forme avant d’entrer dans le vif du sujet. Comparées aux archives que nous connaissions concernant la Première Guerre mondiale, celles qui nous sont ici présentées ont évidemment des qualités nouvelles. Car les auteurs ont choisi d’ajouter la couleur (ce qu’ils avaient déjà fait concernant la Seconde Guerre mondiale) et le son (ce qui est nouveau) à des bandes qui en étaient naturellement dépourvues. Certains esprits chagrins sans doute s’en offusqueront, ils auront tort : l’apport de la couleur (les tons restent pastels, ils ne nous explosent pas à la figure) et du son (qui se fond dans le paysage, tant et si bien que nous l’oublions vite) réussissent à renforcer le naturalisme des images qui nous sont proposées et par voie de fait à réduire l’espace entre nous et l’humanité qui se débat devant nos yeux. Il est un autre aspect qui n’est pas abordé par les promoteurs du film, celui du format. Il a été choisi pour que le film occupe l’espace de nos téléviseurs. Or les films des années 1910 étaient en 1.33. Ce qui veut dire que l’image a été rognée en haut et en bas pour notre confort visuel. Certes avec intelligence, et cela ne saute pas aux yeux. Mais il est évident que nous perdons ainsi une partie des informations…

Mais venons-en à l’essentiel, la qualité des archives et l’intelligence du montage. Qui ne sont discutables ni l’un ni l’autre. Pour ce qui de la première si la conservation des bandes est par nature inégale, le travail de restauration est magnifique, concernant des films qui ont quand même été tournés il y a un siècle, la plupart du temps dans des conditions (pour le moins) difficiles. La comparaison avec la majorité des films de fiction tournés en studio au même moment est même plutôt en faveur de  ces bandes d’actualité. Les auteurs ont visionné plus de 500 heures d’archives diverses, dont certaines totalement inédites. Et là encore, nous ne pouvons que leur tirer notre chapeau. L’alternance de scènes de guerre et d’images tournées derrière les lignes de front, la confrontation entre l’anonymat des tranchées et l’apparente quiétude des lieux de pouvoir où les puissants décident du sort de millions d’hommes, l’insertion de cartes qui permettent de mieux comprendre les succès et les échecs des différentes armées : les qualités pédagogiques de l’oeuvre sont incontestables… La Première Guerre mondiale a de plus souvent été présentée de ce côté-ci du Rhin comme étant essentiellement un conflit franco-allemand, saignant les terres de l’Est de la France.

Si l’horreur de Verdun est bien mise en lumière, le film a par ailleurs le mérite de montrer que cette guerre était mondiale, comme son nom l’indique. Les Anglais ont payé leur tribut en Belgique, les Italiens se sont heurtés de plein fouet aux troupes austro-hongroises sur le contrefort des Alpes (on peut relire Hemingway et son Adieu aux armes, qui en témoigne), etc. Le making of (dont la durée est également de 52 minutes) nous montre que les auteurs ont dû faire un véritable travail d’historiens en découvrant certaines archives. Ainsi les images du mariage du roi Charles d’Autriche, pour lesquelles il a bien fallu enquêter pour savoir qui était qui. Un second bonus nous livre « les secrets de l’ECPAD », autrement dit met en lumière la richesse des archives conservées par l’armée. Les conservateurs de ces trésors se comportant apparemment davantage en historiens qu’en dépositaires de l’autorité de la Grande muette. Dépositaires qui en d’autres temps auraient sans doute eu à redire sur la diffusion de certaines bandes. Car, disons-le, l’orientation générale du film n’est pas cocardière. Nous sommes davantage invités à nous lamenter sur l’incroyable gâchis humain de ces années de feu où l’Europe semblait tentée de se faire hara-kiri.  Yves Alion  
FranceTV Distribution
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Coffret Maurice Tourneur

Dans l’ombre écrasante de David W. Griffith, avec lequel il s’est souvent trouvé en concurrence, avant de se voir précipité dans l’oubli par son fils, Jacques, Maurice Tourneur a pourtant hissé haut les couleurs du génie français en terre hollywoodienne. De la centaine de titres qu’il a réalisés, on ne connaît plus guère de nos jours que ceux qu’il tourna en France dans les années 30 et 40. Voici, réunis dans le même coffret et présentés par Patrick Brion et Roland Lacourbe, huit films muets qui illustrent les multiples facettes de sa période américaine : adaptations théâtrales comme La Casaque verte (1917), Pauvre Petite Fille riche (1917) l’un des plus grands rôles de Mary Pickford, également à l’affiche de Fille d’Écosse (1917), L’Oiseau bleu (1918), The sous le titre Le Secret du bonheur), Le Dernier des Mohicans (1920), et Lorna Doone (1922). Le format 4/3 de ces incunables nous happe littéralement et nous entraîne dans un cinéma de genre dont on semble avoir perdu le secret. Le plus bref de ces films dure cinquante minutes, le plus long moins d’une heure et demie. Il n’en faut pas davantage à Tourneur pour nous entraîner dans des aventures parfois extraordinaires où le dépaysement est souvent de rigueur. Magie intacte d’un cinéma des origines qui ne craignait jamais d’être épique et d’exalter les grands sentiments.  J.-P. G. 

L’Oiseau bleu / Le Dernier des Mohicans / Lorna Doone / The County Fair / Fille d’Écosse / La Casaque verte / Victoire / Pauvre Petite Fille riche. Bach Films
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Trois films français récents

C’est sans doute une constante du cinéma français, au-delà de sa diversité et de son éclectisme, cette tendance à retourner les sentiments des personnages dans tous les sens. C’est évidemment le cas de Avant l’hiver, le troisième opus du romancier Philippe Claudel. Soit le portrait d’un sexagénaire interprété par Daniel Auteuil au moment où il va entrer dans l’hiver de sa vie. La rencontre d’une jeune fille dont il ne perçoit pas bien les objectifs (dont nous ne dirons rien) remet en cause toutes ses certitudes, qu’elles soient affectives, sociales ou professionnelles. Le grand atout du film est qu’il est cohérent : tout y est hivernal, la violence des sentiments étant constamment étouffée, les couleurs elles-mêmes étant comme délavées par la lumière froide qui baigne tout le film. Le grand défaut du film est également sa cohérence, le spectateur risquant la neurasthénie avant l’épilogue… Philippe Claudel s’en explique dans le bonus, soit une interview des plus généreuses (40 minutes) qui se mue très vite en une belle leçon de cinéma…

henri

Bien que tourné en Belgique (où les cieux sont souvent plombés), Henri dégage au contraire une chaleur véritable. Le second opus de Yolande Moreau derrière la caméra n’est sans doute pas à la hauteur de son formidable Quand la mer monte, il n’en procure pas moins une émotion de qualité. L’histoire est celle d’un amour improbable entre un sexagénaire récemment veuf (qui a pour le moins du mal à trouver de nouveaux repères) et une jeune femme handicapée mentale. Toute l’habileté de la cinéaste est de faire preuve de générosité sans jamais verser dans le gnangnan ou le pathos. Et les personnages de prendre peu à peu une épaisseur, de se rendre progressivement indispensables. Tant et si bien que nous les quittons à regret. Ce qui n’est pas un mince compliment…

Je fais le mort se tourne quant à lui vers la comédie. Le point de départ est, il est vrai, assez pittoresque, puisque le personnage principal est un comédien sans emploi qui a accepté de jouer les utilités dans une reconstitution de scène de crime… Jusqu’à avoir une petite idée sur l’identité du criminel. La ligne narrative vaut ce qu’elle vaut, le film n’en est pas moins une réussite. Parce que le scénario n’a pas un gramme de gras, que les images de montagne sont superbes. Et parce que François Damiens, dans la peau du héros paradoxal, est une nouvelle fois épatant. Jean-Paul Salomé, le réalisateur, semble en tout cas avoir eu beaucoup de plaisir à nous concocter cette comédie policière : son commentaire qui accompagne (si on le souhaite) tout le film l’atteste. Et l’interview qui nous est offerte en bonus le confirme. Mais le supplément le plus précieux est un bout à bout de certaines scènes d’impro de François Damiens, dont la maladresse et l’ivresse verbale signalent un comédien hors du commun.  Y. A.

Avant l’hiver UGC / Henri FranceTV Distribution / Je fais le mort Diaphana vidéo
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lettre

Lettre d’une inconnue

Zweig est à la mode… Au moment où sort en salle Une promesse, de Patrice Leconte (voir ASC 510), Carlotta publie une belle version restaurée du deuxième film américain d’Ophuls, la nouvelle de Zweig datait de 1922. Ophuls conserve dans son adaptation le point de vue presque unique de la jeune femme, comme le montre bien Tag Gallagher dans un des bonus de cette édition : elle aura passé sa vie à regarder l’homme qu’elle aime en spectatrice passionnée et masochiste. Ophuls poursuit sa chronique de la femme ardente et humiliée. Ce serait émouvant même si on ne comprenait rien à l’intrigue : le cinéaste ne change rien à ses habitudes, ses escaliers, ses fenêtres, ses grilles, ses perspectives et ses volutes. Mais il n’y a pas que ses audaces pour nous charmer, tel le merveilleux voyage en train sur fond de décor peint. Ce n’est pas seulement son talent pour transcender un cliché comme le couple dansant seul dans le petit matin blême qui nous retient. Le maître, sans doute, nous fait accepter tous les replis du mélodrame. Mais le film est d’autant plus beau que paradoxalement, le récit est sobre, bref, presque sec, sous les atours de sa virtuosité formelle. Si Louis Jourdan remplit honnêtement son rôle de bel indifférent, Joan Fontaine est extraordinaire d’humanité et, justement, de retenue passionnée. On comprend une fois de plus que ce lyrique n’a toujours fait que répéter cruellement la dernière réplique du Plaisir : «Si le plaisir est chose facile, le bonheur assurément n’est pas gai…». À côté du commentaire de Gallagher, on nous propose aussi un curieux film, intéressant, où un comédien interprète le rôle du grand producteur John Houseman racontant le tournage de Lettre d’une inconnue.  René Marx 
Wild Side 
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Lettre à Momo 

Le titre évoque celui d’un improbable nanar français ou italien de derrière les fagots. C’est celui d’un manga d’une qualité exceptionnelle qui s’inscrit dans la plus noble lignée du genre et entérine l’existence d’une nouvelle vague japonaise prête à assurer la relève des grands maîtres, et notamment d’Hayao Miyzaki. Précisons que son réalisateur possède notamment à son actif Ghost in the Shell et que Lettre à Momo constitue moins une révélation qu’une confirmation, dans un domaine où construire une oeuvre personnelle est une tâche de plus en plus périlleuse. Hiroyuki Okiura s’attache ici à une jeune fille dont le père est mort en lui laissant un début de message pour le moins sibyllin. Timorée mais pleine d’imagination, elle se voit contrainte de couper les ponts avec son innocence d’enfance et de suivre sa mère dans une île coupée du monde où se déroulent d’étranges phénomènes. Difficile de ne pas penser au fantastique soft de Mon voisin Totoro en regardant ce film d’apprentissage qui constitue aussi une formidable immersion au coeur des tourments de l’adolescence. À noter en complément un making of plutôt intéressant et surtout une interview passionnante du réalisateur nippon.  J.-P. G. 
Arte Éditions 
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IloIlo

Deux films asiatiques sur l’enfance 

Deux films extrême-orientaux qui ont en commun d’avoir été présentés au dernier Festival de Cannes. Le premier, Tel père tel fils, du japonais Hirokazu Kore-Eda, était en compétition. Nombre de festivaliers ont eu un vrai coup de coeur pour cette variation sur le thème de la paternité dont la ligne narrative ressemble furieusement à celle de La vie est un long fleuve tranquille. À défaut de décrocher la Palme d’or (il aurait pu), il a remporté le Prix du jury. Le second, Ilo Ilo, du singapourien Anthony Chen, a été présenté dans le cadre d’Un certain regard. Il n’était donc pas a priori en compétition. Mais il a séduit le jury de la Caméra d’or, présidé par Agnès Varda, qui lui a accordé la prestigieuse récompense. Les deux films sont de petits bijoux de sensibilité, qui placent l’enfance au coeur de leurs préoccupations. Tel père tel fils est sans doute plus ironique, qui met en lumière le désarroi d’une famille de la haute bourgeoisie lorsque survient la nouvelle d’un échange d’enfants à la maternité : leur fils chéri n’est donc pas leur fils ! Les véritables parents sont de pauvres hères… Mais qui eux ont su accorder de leur temps, de leur attention, de leur amour en un mot. Les rapports de classe sont également au coeur de Ilo ilo, puisque le film traite de la relation entre un enfant de la bourgeoisie de Singapour et la jeune bonne philippine que ses parents ont embauchée pour s’occuper de lui. L’éditeur du DVD est généreux : il nous gratifie en supplément d’un court métrage du réalisateur, Ah Ma (datant de 2007), qui place lui aussi l’enfant au coeur de l’histoire, à l’occasion de la mort d’une grand-mère. Plus un très court making of-prétexte, sans le moindre commentaire ni l’ombre d’une interview. Mais il est tant de making of bavards qui ne disent rien…  Y. A.

Tel père tel fils Wild Side / Ilo ilo Epicentre Films
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Coffret Bernard Blier

Un classique mésestimé et deux pures raretés au sommaire de cet hommage au comédien aux 170 films. Édité une première fois en 2005, Arrêtez les tambours (1960) marque la deuxième rencontre de Bernard Blier avec Georges Lautner, jeune réalisateur qu’il a véritablement porté sur les fonds baptismaux avant de devenir l’un de ses Tontons flingueurs (1963), puis l’une de ses Barbouzes (1964). Voici une authentique série B concoctée à grands renforts de système D et située au moment du jour J. Faute de moyens, cette ténébreuse histoire de résistants et de collabos dans le Calvados de 1944 a ainsi demandé aux uns et aux autres d’échanger leurs armes, voire de combattre sous plusieurs uniformes, un oeil avisé pouvant reconnaître le même figurant dans divers emplois. Beaucoup plus rare, Messieurs Ludovic (1946) marque une autre rencontre importante pour Blier, celle de Jean-Paul Le Chanois, cinéaste avec lequel il gagnera ses galons de premier rôle, grâce à L’École buissonnière (1948) puis Sans laisser d’adresse… (1950). On reverra également avec intérêt Suivez cet homme ! (1952), polar efficace de Georges Lampin. La NouvelleVague a longtemps relégué au purgatoire ce cinéma populaire habilement troussé par de purs raconteurs d’histoires pour qui chaque travelling n’était en aucun cas « une affaire de morale », pour reprendre une fameuse expression de Godard… mais tout bonnement le moyen le plus efficace de rallier un point à un autre ou de suivre des personnages en train de se déplacer.  J.-P. G.
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Messieurs Ludovic / Suivez cet homme ! / Arrêtez les tambours. LCJ Éditions 

Trilogie Terence Davies 

Children (1976), Madonna and Child (1980) et Death and Transfiguration (1983) : tout a commencé par ces trois moyens métrages pétris d’autobiographie pour le cinéaste Terence Davies qui les a réunis en 1984 dans une Trilogie montrée dans des festivals aussi prestigieux qu’Oberhausen et Locarno, mais jamais diffusée commercialement en France. Sous couvert d’y dépeindre l’apprentissage d’un homme qui a beaucoup compté pour lui, Robert Tucker, comme dans un miroir de sa propre jeunesse passée au sein de la classe ouvrière de Liverpool, le réalisateur s’y dédouble pour évoquer un monde qui a également baigné son enfance. Cette démarche évoque irrésistiblement celle d’un autre cinéaste britannique, Bill Douglas, dont la trilogie rééditée récemment résonne comme en écho. Chez Davies, elle permet d’entrevoir les contours d’une personnalité singulière qui va s’exprimer par la suite à travers une demi-douzaine de longs métrages tournés entre 1988 et 2012. Le cinéma de Davies confine souvent à l’épure intemporelle. Pas ici, où il se fait chroniqueur d’un monde renfermé sur lui-même et régi par un manichéisme binaire dans lequel la religion régissait les moeurs, quitte à favoriser un certain obscurantisme d’où émergent ici racisme et homophobie. Les trois films sont accompagnés pour l’occasion d’un livret rassemblant les pages que leur a consacré Francis Rousselet dans son livre Terence Davies, cinéaste de l’intime, paru en 2005. C’est à un voyage introspectif que nous convient ces films âpres et contemplatifs réalisés par un esthète du 7è Art.  J.-P. G. 

Children / Madonna and Child / Death and Transfiguration. Doriane Films 
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jane

Jane Eyre 

On ne compte plus les adaptations au cinéma des Hauts du Hurlevent, le très romantique roman d’Emily Brontë. Mais sa soeur Charlotte n’a pas été oubliée non plus : son oeuvre la plus célèbre, Jane Eyre, a également connu plusieurs boutures cinématographiques. La plus connue est sans conteste celle de Robert Stevenson, réalisée en 1944. Il est vrai que le film reproduit parfaitement le romantisme exacerbé du roman, comme si le puritanisme de l’ère victorienne trouvait des correspondances dans les limites que le cinéma hollywoodien de l’ère classique se plaisait à se fixer. La raideur des personnages rend leur bouillonnement intérieur encore plus fascinant. Car le film prend à son compte la fièvre des personnages, qu’il est emporté par une ferveur romanesque rare. Il est vrai que le scénario est cosigné par John Houseman et Aldous Huxley. Et que d’aucuns se plaisent à créditer Orson Welles, qui interprète le rôle principal, de la mise en scène… Disons qu’il a dû probablement donner quelques conseils à Stevenson… Les bonus sont à la hauteur du film. Qui nous permettent d’en savoir un peu plus  les soeurs Brontë, sur la façon dont le cinéma a traité leurs oeuvres, et bien sûr sur la place d’Orson Welles dans l’Histoire du cinéma, un géant conscient de son génie, mais qui n’en avait pas moins des pieds d’argile…  Y. A. 
Rimini Editions 
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La Bataille du rail 

Le premier long métrage de René Clément demeure aujourd’hui encore un inestimable témoignage à chaud sur l’engagement des cheminots dans les rangs de la Résistance Fer. L’édition en Blu-ray de ce faux documentaire tourné dans un contexte à haut risque est l’occasion de mesurer la qualité du regard d’un cinéaste sacrifié par la suite sur l’autel de son expertise technique par les jeunes Turcs des Cahiers du cinéma. La genèse de La Bataille du rail est en effet exemplaire et sa démarche caractéristique des risques qu’aimait prendre Clément en tournant chacun de ses films contre le précédent. Il est par ailleurs accompagné ici d’un documentaire au titre ronflant, Histoire de la résistance française, dans lequel sont assez habilement exposés les enjeux qui ont commencé à agiter la France et mêle l’Europe de la clandestinité à partir de 1943. La haute définition rend hommage au travail du chef opérateur Henri Alekan sur les contrastes, celui-ci étant d’autant plus impressionnant que les contraintes techniques n’étaient pas forcément compatibles avec des conditions de tournage par définition dangereuses. C’est la guerre dans l’ombre que filment les deux hommes avec un souci de réalisme qui passe par des saynètes certes pédagogiques mais pas toujours très naturelles, mais aussi par une séquence épique d’attaque de train blindé au cours de laquelle la mise en scène reprend le dessus sur ce cours magistral d’histoire et de patriotisme.  J.-P. G. 
LCJ Éditions 
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Northwest 

Saisissant portrait que celui de ce jeune déclassé vivant dans la banlieue de Copenhague qui progressivement glisse dans la délinquance, jusqu’à faire exploser jusqu’aux fondations de son existence. Le sujet est au fond assez classique et la désespérance des personnages est universelle. Rien ne ressemble plus aux faubourgs de Copenhague que ceux de Belfast, de Hambourg ou de Barcelone… Mais la maîtrise avec laquelle Michael Noer, un jeune cinéaste qui vient du documentaire (cela se voit), place ses personnages et définit les enjeux est remarquable. Le héros de cette triste histoire ne suscite pas vraiment la sympathie, mais il partage avec les figures tutélaires du cinéma noir d’être englué dans un monde qui lui échappe d’autant plus qu’il croit faire le malin en contournant les règles. Nous ne sommes pas loin du Série noire de Corneau, ce qui n’est pas un mince compliment. Les bonus ne sont pas très généreux : le making of dure moins d’une minute (on peut parler d’exercice de style à ce niveau) et les scènes coupées se fondent sans difficulté au métrage préservé.  Y. A. 
Bac Films 
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Le_Mur_invisible

Le Mur invisible

Au départ, une idée dont la SF aurait pu faire ses choux gras : une femme est isolée dans un chalet de montagne par un mur invisible qui l’empêche de communiquer avec le monde. Mais la dimension fantastique ne nous retient que peu de temps. Une fois le postulat accepté, c’est plutôt une variation sur le mythe de Robinson Crusoé qui nous est proposée. Peu de scènes spectaculaires, mais une constante invitation à nous interroger sur les mutations psychologiques ou sensorielles que la situation induit. Le film est de ce fait assez statique, mais les sentiments qui nous assaillent se glissent avec bonheur dans les interstices. En complément, le réalisateur Julian Roman Pölsler et la comédienne Martina Gedek nous racontent les tenants et aboutissants de ce conte philosophique (adapté d’un classique de la littérature germanique) qui est aussi un cas d’espèce déroutant.  Y. A. 
Bodega Fims 
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Le Secret derrière la porte 

Le Secret derrière la porte ne figure sans doute pas parmi les oeuvres majeures de Fritz Lang, mais reflète assez justement la permanence des thèmes et des obsessions de ce créateur hors du commun qui a réussi à absorber les codes du cinéma hollywoodien comme il avait posé naguère les bases du cinéma allemand. Le personnage principal en est un psychopathe, incarné par le trop oublié Michael Redgrave, dont l’une des névroses consiste à reproduire dans sa maison des scènes de crime, tout en refusant de laisser son épouse accéder à la septième. Et pour cause… On entrevoit à travers ce film noir de 1948 hanté des thèmes psychanalytiques qui faisaient alors florès à Hollywood, non parfois sans une certaine naïveté, une inspiration qui évoque par sa vision paranoïaque du mariage deux films d’Alfred Hitchcock : Rebecca (1940) et Soupçons (1941), interprétés par Joan Fontaine. Lang y retrouve quant à lui pour la quatrième fois une autre Joan… Bennett qui fut notamment son interprète dans le sublime Chasse à l’homme (1941, récemment édité en Bluray dans une sublime version chez Wild Side), laquelle s’impliqua dans la production de ce Secret derrière la porte poétique et sulfureux à travers la société qu’elle avait fondée avec son troisième époux, Walter Wanger, et Fritz Lang, laquelle mit définitivement la clé sous la porte après l’échec de ce second et ultime projet. Un bonus revient d’ailleurs sur la carrière de cette comédienne souvent comparée à Hedy Lamarr et Mirna Loy, à travers un portrait de Christian Viviani extrait de Positif. Des propos de Fritz Lang sont par ailleurs utilisés pour nourrir une réflexion sur sa conception du meurtre qui éclaire la plupart de ses oeuvres.  J.-P. G.
Carlotta
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