L’Avant-Scène Cinéma, un magazine unique !

L’Avant-Scène Cinéma a vu le jour en 1961, autant dire il y a un millénaire. Si l’équipe qui fait vivre aujourd’hui la revue n’était pas présente lors de sa naissance, elle n’en est pas moins fière de perpétuer une tradition. Car l’Avant-Scène Cinéma n’est pas une revue comme les autres. C’est la seule au monde à publier de façon aussi régulière et systématique le scénario de films, parfois des grands classiques de l’Histoire du cinéma, parfois des films plus confidentiels mais qui nous sont chers.


Critiques DVD Affiche Les Innocentes d'Anne Fontaine - Actu DVD : 6 Films français récents

Publié le 6 juillet, 2016 | par @avscci

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Actu Dvd : 6 films français récents

Changement radical de registre pour Anne Fontaine, la réalisatrice de Gemma Bovery qui opte pour le noir et blanc afin d’évoquer le cas de ces religieuses d’un couvent polonais tombées enceintes les unes après les autre à la fin de la Seconde Guerre mondiale, après avoir été violées par des soldats soviétiques. Face à une morale qui les condamne et à leur hiérarchie qui préconise le silence, c’est la Croix Rouge qui viendra à leur rescousse. Baigné dans une esthétique qui n’est pas sans évoquer celle d’Ida de Pawel Pawlikowski, Les Innocentes démontre la capacité d’Anne Fontaine à s’emparer d’un sujet pour en faire du cinéma. Elle offre par ailleurs ici son premier très grand rôle à Lou de Laâge, une comédienne délicate et sensuelle avec laquelle le cinéma français va désormais devoir apprendre à compter. Pour peu qu’il lui offre enfin les rôles qu’elle mérite. Le seul supplément consiste en un making of plutôt roboratif qui échappe par bien des aspects au formatage promotionnel habituel de cet exercice imposé, en proposant un autre regard sur la même histoire, mais en couleur cette fois, ce qui lui retire un peu de sa magie.

La vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc actu dvd 6 films français récents

L’autre très grand film français du mois, c’est La Vie très privée de Monsieur Sim, un petit bijou de délicatesse signé Michel Leclerc. Nous avions rencontré le réalisateur lors de la sortie salle du film (ASC n°628) qui nous avait longuement parlé de la genèse de cette fantaisie dépressive portée à bouts de bras par un Jean-Pierre Bacri en pleine forme. La dérive existentielle du personnage principal, en forme de road movie, est sans doute baignée de l’atmosphère un rien plombée de ce temps, elle n’en est pas moins porteuse d’un parfum de liberté qui fait du bien. D’autant que le signataire du Nom des gens sait une nouvelle fois imprimer sa vision du cinéma, qui n’est pas sans évoquer Woody Allen (il est de pires références). En bonus, quelques scènes coupées, que Michel Leclerc s’est amusé à monter de façon significative, donnant un titre à l’ensemble, L’Homme sans estime. Sans oublier les images de cette scène dont le réalisateur nous parlait dans l’entretien publié il y a peu, montrant Sim au moment où il pousse un enfant dans un fossé aux orties, ajoutant à la noirceur du personnage. Une scène qui avait dérangé Jonathan Coe, auteur du livre dont le film est adapté, ce qui avait conduit Leclerc à la couper.

Je vous souhaite d'être follement aimée actu dvd

Le second film de Ouinie Lecomte, Je vous souhaite d’être follement aimée, propose également de très jolis frissons de cinéma. À travers une jeune femme, kiné de son état, qui cherche à percer le secret de sa naissance, ayant enfant été confiée à une famille d’accueil, c’est à une introspection à la fois douce et violente que nous sommes invités. Le film nous touche par ses non-dits, mais aussi par la façon dont les sentiments s’expriment de façon corporelle. Le personnage incarné par Céline Sallette n’est pas kiné pour rien, et la chorégraphie des corps est ici centrale. En bonus, un très nourrissant commentaire du film par la réalisatrice et Caroline Champetier, sa directrice de la photo. Plus un entretien avec Ibrahim Maalouf, à qui l’on doit le (très beau) score du film.

Ce sentiment de l'été actu dvd

Ce sentiment de l’été est aussi un second film, signé Mikhael Hers, dont nous attendions qu’il transforme l’essai de son premier film, Memory Lane, il y a six ans déjà… Une nouvelle de Tchekhov, Trois Années, avait fait l’objet d’un film méconnu de Fabrice Cazeneuve en 1990, avec Jacques Villeret et Sabine Azéma. La belle idée de Tchekhov était de montrer comment, en trois révolutions de notre petite planète autour de son étoile, le cœur d’un homme et d’une femme pouvait changer, subir d’extraordinaires métamorphoses, sans que ceux-ci en aient tout à fait conscience. Le temps bouleverse tout, à l’insu presque de ceux qu’il transforme. C’est aussi le thème du film de Mikhaël Hers. Un garçon de trente ans perd brutalement sa compagne, qui meurt comme dans un évanouissement. Cette mort est l’objet d’un plan magnifique, qui résume la qualité principale du film : la délicatesse. Les trois étés du film seront berlinois, parisien et new-yorkais. Les parents de la jeune fille disparue sont interprétés par Marie Rivière et Feodor Atkine. Ces acteurs rohmériens figurent dans un film qui n’a pas la malice un peu perverse des films de Rohmer, même si le lac d’Annecy se glisse entre les trois grandes villes, comme pour rappeler Le Genou de Claire. Annecy rappelle aussi Patrick Modiano, que Hers a adapté dans son premier film en 2006, écrivain que l’on rapprochera facilement de son univers. Absence de malice rohmérienne donc, mais certainement pas de sensibilité et de douceur. La longue histoire entre le héros et la sœur de sa compagne défunte est brossée avec intelligence et, comme dans le monde réel, rien de ce que le spectateur a prévu ne survient comme il l’attendait. Cette édition DVD contient des suppléments de qualité, dont un concert new-yorkais de Mac DeMarco, qui montre que Hers sait filmer les musiciens aussi bien que les âmes malheureuses.

Le convoi actud dvd 6 films français récents

Nous terminerons par deux films qui ont en commun d’avoir été piteusement accueillis lors de leur sortie en salle. Il est vrai que Le Convoi n’est pas le meilleur film du signataire de Scènes de crime et d’Agents secrets. Pas plus qu’Arrête ton cinéma n’est le sommet de l’œuvre de la réalisatrice de Diabolo menthe et Coup de foudre. Mais ni Frédéric Schoendoerffer ni Diane Kurys n’ont en l’occurrence démérité. Le premier nous offre un polar lorgnant vers le cinéma d’action, privilégiant la force, le rythme, l’atmosphère, plutôt que les arcanes d’un scénario sans doute assez mince. Mais à suivre les membres d’un gang de trafiquants de drogue, adeptes du « Go fast », l’ensemble fait montre d’une belle efficacité. L’image est particulièrement soignée, dont les dominantes de couleur nous promènent dans la psyché inquiète des protagonistes.

Arrête ton cinéma de Diane Kurys

Arrête ton cinéma explore un terrain on ne peut plus différent. Adapté d’un livre autobiographique de Sylvie Testud, la comédienne interprétant son propre rôle, le film raconte comment celle-ci a échoué à passer de l’autre côté de la caméra (un échec passager, puisqu’un premier film a fini par voir le jour). Et c’est avec une ironie mordante que le film nous entraîne dans les coulisses du 7ème Art, où triomphent les faux-semblants et explosent les egos. Les deux comédiennes qui prêtent leurs traits aux productrices complètement frapadingues du film sont à cet égard exceptionnelles : Josiane Balasko et Zabou Breitman n’hésitent en tout cas pas une seconde à forcer le trait. Dire que nous rions en permanence aux éclats serait mentir, nous ne le dirons donc pas. Mais Arrête ton cinéma réserve plusieurs jolis moments de pure fantaisie, dans la veine de la récente série de Cédric Klapisch, Dix pour cent, elle aussi consacrée à ce que nous avons toujours voulu savoir sur le cinéma sans jamais oser le demander.

Yves Alion, Jean-Philippe Guerand et René Marx

Les Innocentes TF1 Video
La Vie très privée de Monsieur Sim France TV Diffusion
Je vous souhaite d’être follement aimée Diaphana
Ce sentiment de l’été Pyramide Vidéo
Le Convoi Orange Studio
Arrête ton cinéma BAC Films

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